Une formule circule souvent : « IST : les 5 infections sexuellement transmissibles en forte augmentation ». Elle traduit une réalité préoccupante, mais mérite d’être précisée. En France comme en Europe, les diagnostics de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis ont nettement progressé ces dernières années. Pour d’autres infections, les chiffres dépendent davantage des campagnes de dépistage et des méthodes de surveillance. Dans tous les cas, une IST peut être asymptomatique : ne rien ressentir ne permet pas d’écarter une infection.
Le bon réflexe n’est donc ni de s’alarmer à chaque rapport ni d’attendre des symptômes. Après un rapport non protégé, un préservatif déchiré, un nouveau partenaire ou l’annonce d’une IST chez un partenaire, un dépistage adapté permet d’agir tôt et de protéger sa santé comme celle des autres.
Pourquoi les IST sont-elles davantage diagnostiquées ?
L’augmentation des chiffres ne s’explique pas par une seule cause. Les rapports sans préservatif, la multiplication des partenaires dans certaines périodes de vie et la méconnaissance des infections sans symptômes favorisent la transmission. La prévention biomédicale du VIH, notamment la PrEP, protège très efficacement du VIH lorsqu’elle est bien prise, mais elle ne prévient pas la chlamydia, la gonorrhée ou la syphilis. Le préservatif conserve donc un rôle utile, en particulier avec des partenaires occasionnels ou lorsque le statut de dépistage n’est pas connu.
Il faut aussi tenir compte d’un effet de dépistage. Des tests plus accessibles et des prélèvements plus ciblés, y compris au niveau de la gorge ou du rectum selon les pratiques sexuelles, identifient des infections qui seraient autrefois passées inaperçues. Une hausse des diagnostics peut donc refléter à la fois une circulation réelle plus importante et une meilleure détection.
IST : les 5 infections sexuellement transmissibles en forte augmentation ou à surveiller
Les tendances ne sont pas identiques pour toutes les infections. Les trois premières font l’objet d’une hausse particulièrement documentée dans les données de surveillance. Les deux suivantes restent essentielles à connaître, notamment car elles peuvent évoluer sans signe évident ou nécessiter une prise en charge spécialisée.
1. La chlamydia : fréquente et souvent silencieuse
L’infection à Chlamydia trachomatis est l’une des IST bactériennes les plus fréquemment diagnostiquées, surtout chez les jeunes adultes. Elle peut provoquer des brûlures en urinant, des pertes vaginales ou urétrales inhabituelles, des douleurs pelviennes, des saignements après les rapports ou des douleurs testiculaires. Pourtant, elle ne donne souvent aucun symptôme.
Sans traitement, une chlamydia peut parfois entraîner une infection de l’utérus et des trompes, avec un risque accru de complications de fertilité, ou une épididymite chez l’homme. Le diagnostic repose sur un prélèvement ou une analyse d’urines, selon la situation. Le traitement est antibiotique, prescrit après évaluation médicale. Les partenaires doivent être informés et, selon le contexte, dépistés ou traités afin d’éviter les réinfections.
2. La gonorrhée : une progression préoccupante
La gonorrhée, aussi appelée blennorragie ou « chaude-pisse », est causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae. Les diagnostics ont fortement augmenté dans plusieurs pays européens. Elle peut entraîner un écoulement jaune ou verdâtre, des brûlures urinaires, des douleurs pelviennes ou testiculaires. Elle peut aussi toucher la gorge et le rectum sans provoquer de gêne notable.
Cette infection demande une attention particulière en raison de la résistance croissante de la bactérie à certains antibiotiques. Il ne faut pas tenter de la traiter avec des antibiotiques restants à domicile ou obtenus sans avis médical. Un prélèvement permet de confirmer le diagnostic et, dans certaines situations, d’orienter le choix de l’antibiotique. Un contrôle après traitement peut être recommandé, notamment en cas d’atteinte de la gorge.
3. La syphilis : des signes parfois trompeurs
La syphilis a de nouveau progressé ces dernières années. Au début, elle peut se manifester par un chancre, une petite plaie souvent indolore sur les organes génitaux, l’anus, la bouche ou la gorge. Cette lésion peut disparaître spontanément, ce qui ne signifie pas que l’infection est guérie.
Quelques semaines plus tard, une éruption cutanée, de la fièvre, une fatigue inhabituelle ou des ganglions peuvent apparaître. Puis la maladie peut rester silencieuse longtemps tout en exposant à des complications cardiovasculaires ou neurologiques à un stade tardif. La syphilis se dépiste par prise de sang et se traite généralement efficacement par pénicilline. Plus le traitement est précoce, plus il est simple et protecteur.
4. Le VIH : moins visible, mais toujours à dépister
Le VIH n’est pas toujours en « forte augmentation » selon les années et les groupes concernés, mais il demeure une IST majeure. Une infection récente peut provoquer un syndrome ressemblant à une grippe ou à une mononucléose : fièvre, fatigue importante, maux de gorge, éruption cutanée ou ganglions. Ces signes sont peu spécifiques et peuvent aussi être absents.
Aujourd’hui, les traitements antirétroviraux permettent aux personnes vivant avec le VIH d’avoir une espérance de vie proche de celle de la population générale lorsqu’ils sont pris régulièrement. Une charge virale durablement indétectable empêche la transmission sexuelle du VIH. Après une exposition à risque datant de moins de 48 heures, il faut se rendre sans attendre aux urgences ou dans un service compétent pour évaluer l’indication d’un traitement post-exposition.
5. Mycoplasma genitalium : une IST à ne pas banaliser
Mycoplasma genitalium est une bactérie moins connue, recherchée surtout en cas de symptômes persistants ou de suspicion d’urétrite, de cervicite ou d’infection pelvienne. Elle peut causer des brûlures urinaires, des pertes, des douleurs pendant les rapports ou des douleurs du bas-ventre, mais elle est parfois silencieuse.
Son augmentation apparente est liée en partie à une recherche plus fréquente grâce aux tests PCR. Le traitement peut être délicat, car des résistances aux antibiotiques sont fréquentes. C’est pourquoi un dépistage systématique chez toute personne sans symptôme n’est pas toujours proposé : il dépend de la situation clinique. En cas de test positif, la prescription doit être personnalisée et les rapports non protégés évités jusqu’aux consignes du professionnel de santé.
Quels symptômes doivent amener à consulter ?
Une brûlure en urinant, un écoulement inhabituel, une plaie génitale ou anale, des boutons, une éruption, des démangeaisons persistantes, des douleurs pelviennes ou testiculaires, ou des saignements inhabituels justifient une consultation. Ces manifestations ne correspondent pas toujours à une IST : une mycose, une infection urinaire ou une irritation peuvent donner des symptômes proches. Seul un examen et, si nécessaire, des tests permettent de faire la différence.
Il faut consulter rapidement en cas de douleur testiculaire brutale, de douleur pelvienne intense, de fièvre associée à des douleurs génitales, de grossesse avec suspicion d’IST ou de viol. En cas d’exposition récente au VIH, l’urgence est également liée au délai : le traitement post-exposition doit être débuté le plus tôt possible, idéalement dans les heures qui suivent.
Dépistage : quel test après un rapport à risque ?
Le dépistage dépend des pratiques sexuelles, de la date du rapport et des symptômes. Une prise de sang peut rechercher le VIH, la syphilis et certaines hépatites. Des prélèvements urinaires, vaginaux, rectaux ou de gorge peuvent être nécessaires pour la chlamydia et la gonorrhée. Un test d’urines seul ne détecte pas forcément une infection localisée dans la gorge ou le rectum.
Le moment du test compte aussi. Réaliser un dépistage très tôt après une exposition peut être rassurant sans être définitif. Un professionnel de santé peut indiquer quels tests effectuer immédiatement et lesquels répéter après le délai adapté. Si vous avez des symptômes, n’attendez pas ce délai théorique : consultez, car des prélèvements peuvent déjà être utiles.
Réduire le risque sans renoncer à sa vie sexuelle
Le préservatif externe ou interne réduit nettement le risque de nombreuses IST, sans l’annuler complètement pour les infections transmises par contact peau à peau. Le dépistage régulier est particulièrement pertinent en cas de nouveaux partenaires, de partenaires multiples ou de rapports sans préservatif. Les vaccinations contre l’hépatite B et le papillomavirus humain constituent aussi des outils de prévention importants.
Si une IST est diagnostiquée, prévenir les partenaires récents peut sembler difficile, mais c’est une étape essentielle. Elle permet un dépistage, un traitement si nécessaire et limite les transmissions en chaîne. Une consultation médicale, y compris en ligne lorsque la situation s’y prête, peut aider à organiser les tests et la prise en charge avec discrétion.
Parler d’IST avant ou après un rapport n’est pas un aveu de faute : c’est une démarche de santé. Un dépistage adapté au bon moment apporte souvent une réponse simple et, lorsqu’un traitement est nécessaire, permet de le commencer sans retarder inutilement la prise en charge.


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